> ## Content Index
> Fetch the complete content index at: https://www.flashromance.com/llms.txt
> Use this file to discover other available public pages before exploring further.

# Toucher le fils de mon plus gros client ? Sa mère retirerait toutes ses commandes.
- URL: https://www.flashromance.com/toucher-le-fils-de-mon-plus-gros-client-sa-mere-retirerait-toutes-ses-commandes/
- Published: 2026-10-19T14:16:33.000Z
- Updated: 2026-10-19T14:16:38.000Z
- Description: Toucher le fils de mon plus gros client ? Sa mère retirerait toutes ses commandes.
- Author: Alain Villenave
- Tags: #fr, Divorcée, Deux mondes, 30-50 ans, #min-8, #lot-1

0:00

/484

1×

« Lundi, mon fils est directeur. Un directeur ne fréquente pas les fournisseurs. » C’est ce que la mère de Frédéric a annoncé ce soir, vendredi, tranquille, comme à chaque changement de directeur, dans le hall du grand hôtel de Megève, devant tous les fournisseurs réunis pour la fin de saison. Écoute. Je suis une femme de quarante-sept ans, je fabrique des skis en bois dans un atelier au bas de Megève, et je suis amoureuse du fils de mon plus gros client. Il s’appelle Frédéric. Cinquante ans, l’héritier du grand hôtel. On se veut, lui et moi. On se l’est dit mardi, chez moi, au milieu des copeaux. Sa mère ne sait rien de nous. Elle a sa raison, et c’est une bonne raison : un directeur qui fréquente un fournisseur, c’est un contrat qu’on ne peut plus juger. Si elle retire ses commandes, je ferme.

Voilà. Tu sais tout.

Enfin, presque.

Mon mari est parti il y a six ans. Vingt ans de mariage, et pas une fois je n’ai fait l’amour la lumière allumée. Pas une fois je n’ai dit ce que je voulais. Je ne sais pas comment on fait. Je n’ai jamais osé. Ce que je sais faire, c’est le bois. Et chaque hiver, je répare et je farte pour rien les vieux skis de tous les gamins de la vallée.

Mardi, donc. Il est venu essayer la paire en frêne que je lui fabrique depuis l’automne. Il a vu le mur des petits skis, chacun avec son étiquette, un prénom d’enfant écrit au feutre. Il a demandé combien ça coûtait.

J’ai dit : « Rien. »

Comme une comptable qui annonce un chiffre. Et j’ai raclé une semelle déjà propre. Pour la troisième fois.

La porte était entrouverte. Dans le courant d’air, toutes les étiquettes se sont balancées ensemble, comme si les gamins nous faisaient coucou, et la sciure s’est posée doucement sur ses chaussures de ville. Il ne l’a pas secouée. Il m’a regardée longtemps, moi, à genoux devant l’établi.

Et moi, les genoux sur le bois, je n’avais qu’une envie : qu’il s’agenouille en face et qu’il arrête de me poser des questions de comptable.

C’est là qu’on se l’est dit. Pas avec des grandes phrases, hein. Avec des petites. Mais on se l’est dit.

Ce soir, à la sortie de la réunion, je passe devant lui. Il rougit jusqu’à la racine des cheveux, et son front se mouille de sueur jusque-là. Il fait chaud dans ce hall, mais pas tant que ça. Dans le grand miroir, une seconde, on est côte à côte, rouges tous les deux, comme deux ados pris la main dans le sac. Derrière nous, la porte tambour continue de tourner. Personne n’entre. Il me sourit et il a ces rides au coin des yeux, et ces mains… Des mains de pianiste. Je sors très vite.

Samedi soir, je livre la paire en frêne au local à skis de l’hôtel. J’ai la facture pliée dans la poche de mon pantalon, bien préparée, au cas où ce ne serait qu’une livraison.

Ce n’est pas qu’une livraison.

Frédéric m’attend. Le local est sombre ; seule la lampe de l’établi est allumée, et elle n’éclaire que nos mains. Les siennes ont du fart sur les doigts. Il est en pull. Au râtelier, les skis de location se tiennent pointes en l’air, bien alignés, comme une haie d’honneur. Il est trop beau. J’ai fini de faire attention. Je ne sais pas comment on fait, alors je fais : je pose ma paume sur sa poitrine. Sous ma paume, la laine est chaude, et il ne bouge plus. Ses mains de pianiste se posent sur ma nuque. Je fonds. Je fonds de partout, je mouille, je te le dis comme c’est, je suis trempée rien qu’avec ses doigts sur ma nuque.

La porte s’ouvre. Un groom allume le plafonnier. Il nous voit, bafouille « pardon, pardon », et referme.

Le plafonnier, lui, reste allumé. Il grésille au-dessus de nous. Personne ne l’éteint.

Moi, je redresse la paire en frêne contre le mur, bien droite, comme si c’était le rangement qui avait posé problème.

Et tu sais quoi ? Sous cette lumière crue, pour la première fois de ma vie, je n’ai pas envie qu’on éteigne. Je voudrais même que le groom revienne se planter là et que ça ne s’éteigne plus jamais, tant pis pour ma cellulite.

Dimanche matin, le groom a parlé. À midi, la mère de Frédéric fait appeler l’atelier : les commandes de l’hiver prochain « sont à l’étude ».

Je comprends très bien.

J’écris « à l’étude » dans mon carnet de commandes, de ma plus belle écriture. J’ajoute la date. Je souligne deux fois.

Ce que je ne vois pas, ce matin-là, Frédéric me le racontera plus tard. Le vieux concierge, celui qui l’a vu grandir, lui tend le journal et lui glisse, avec ses mots à lui :

« Votre mère, monsieur Frédéric, elle a tout réussi. L’hôtel, les étoiles, tout. Mais elle n’a jamais aimé personne. Et ça se voit dans les chambres. Elles sont belles. Et elles sont froides. »

Frédéric ne répond rien. Il s’écarte. Pour moi. Pour que je garde l’atelier. Il a peur d’être l’homme de trop, celui qui insiste et qui coûte. Je lui écris. Il ne répond plus de la journée. Pas un message. Rien.

Rien. Mon mot à moi.

Et mon corps se fout des commandes. Il veut ses mains de pianiste, et il fait la grève de tout le reste. Je ne mange pas. Je ne farte pas. Je regarde mon téléphone comme une idiote.

Dimanche soir, c’est le dîner de fin de saison. Tout le personnel, les fournisseurs, sa mère au bout de la table. J’y vais pour le voir. Une dernière fois, je me dis.

Frédéric arrive le dernier. Il ne me regarde pas. Avant le dessert, il se lève et il dit à sa mère, devant tout le monde :

« Je ne serai pas directeur lundi. Je ne veux pas d’un hôtel beau et froid. »

Sa mère pose sa fourchette. Elle regarde la salle, les tables, les lustres, tout ce qu’elle ne lui laissera pas.

Et lui, il traverse la salle jusqu’à moi.

Il dit : « Tous les hivers, tu fartes pour rien les skis de tous les gamins de la vallée, et personne ne t’a jamais dit merci. Moi, je te dis merci. »

Il dit : « Je reste avec toi. »

Je réponds : « Tu restes chez moi. »

Et je me lève, et devant tout l’hôtel, je l’embrasse. Mes doigts dans ses cheveux. La racine est trempée de sueur. Et le creux de mon genou se met à trembler, tout seul, une chose que mon corps n’avait jamais faite. Jamais.

On rentre à pied jusqu’à l’atelier. Il neige un peu. On ne parle pas.

Là-haut, chez moi, au-dessus de l’atelier, j’allume. Il me regarde. Je ne me cache pas. Je lui dis ce que je veux. À voix haute. Je lui dis : « Là. » Je lui dis : « Encore. » Je lui dis : « Ne t’arrête pas. » Et il ne s’arrête pas. Et moi, à quarante-sept ans, je crie, au-dessus de mon atelier de skis, la lumière allumée.

Au matin, dans le lit, au grand jour, Frédéric embrasse mes genoux. Mes genoux durs, marqués d’avoir travaillé si longtemps à genoux devant l’établi. Il les embrasse comme si c’était ce que j’avais de plus beau.

L’hiver suivant, l’hôtel ne m’a plus rien commandé.

Et l’atelier tient quand même, avec les skis des gens de la vallée.

Depuis, je laisse la lumière.

wake

0:00

/18.9

1×